Titres provisoires

J’avais cette histoire en tête depuis quelques temps, un an environ. Au départ une idée toute bête pour une petite fiction sur ce blog. Comme je l’ai écris dans la présentation des Vagabondages, je n’ai jamais vraiment voulu m’essayer à suivre le chemin de mes parents, de l’écriture. Mais voila que cette histoire regorge d’idées, de trop d’idée pour un simple article de blog. Certain de mes articles, n’ayant pourtant qu’une seule idée, sont interminables, alors imaginez quand il y en a tout un foisonnement… Me voilà donc à écrire une petite nouvelle, qui gonfle peu à peu, avec la qualité toute faible du premier long texte. La première idée s’épanouissait sur deux pages qui sont aujourd’hui dix, et les autres attendent le moment de leur floraison. Tout se bouscule. Je deviens écrivain à titre provisoire.  »Eleanor & Jean-Hughes » (titre tout aussi provisoire) sont des résidents d’une villa privée largement inspirés de ma dernière adresse. Les souvenirs ne manquent pas pour enrichir leur vie. Ce n’était pas une adresse agréable à cause de l’esprit de son voisinage, mais le lieu était féérique. Un des plus beau appartement parisien bien qu’il eu nécessité quelques améliorations plus ou moins lourdes, mais là n’est pas le sujet.

Je me suis remis à écrire cette histoire, je ne sais pas trop pourquoi, sans doute simplement car il me fallait un projet, une chose à faire. J’ai aboutis d’autres projets, tel un tatouage que je désirais depuis de nombreuses années, et d’autres projets sont également en chemin. Peut-être le chômage, peut-être l’horreur de ma dernière histoire rupture, peut-être un je ne sais quoi du vieillissement, mais j’ai un besoin de produire en ce moment qui défie l’entendement. Je serais capable de traverser la France pour faire un château de sable si j’y voyais un intérêt productif notable. Et pour le moment donc une histoire, des mots, des envies. Mais voila, je sais écrire certaines choses – certains articles de mon blog ne sont pas si mauvais – mais des personnages construit, sur une histoire vraisemblable et pertinente, des dialogues… Je suis face à quelque chose que je ne maîtrise pas et que je dois apprivoiser. Sur un blog on parle le Je, cette langue nombriliste dont cet article est un parfait exemple. Sur un blog on joue avec les mots, on tolère les facilités, on accepte la faute. Sur un blog, on s’en fou, c’est avant tout pour nous, après un peu pour vous, et puis les autres qui ne sont là que pour flatter l’ego de la statistique. Sur un blog on dit merde, on achève un texte en disant qu’on va pisser. Sur un blog la continuité est une abstraction, le suivit une vague notion. Sur un blog on peut écrire en Wingdings car on trouvera ça drôle. Mais dans un roman (c’est un raccourci de l’esprit, en fait, je préférerais parler de griffonnage au regard de l’estime que j’ai de mon talent)… Mais dans un griffonnage, tout ceci ne peux être. Il faut penser intelligemment et éviter les inconvénients de la spontanéité tout en conservant les avantages. Il faut réfléchir afin de ne pas créer de l’anecdotique, quand bien même il ne s’agit d’autre chose aux yeux de votre personnage.

Ce que c’est dur d’écrire une fiction ! Je pourrais parler de moi pendant des heures, vous faire une collection entière à vous raconter ma vie, mais celle d’un autre, d’autres… Et ce n’est pas le seul projet d’écriture en cours, mais je ne pense pas être capable de faire les deux en même temps. Le second est une commande plus ou moins explicite, de reprendre un livre de mon père. Un roman historique. Je croie que ça me fait peur surtout que je considère mon écriture passablement non mauvaise mais banale, affreusement normale. Et ce n’est pas comme si je ne lisais que très peu, non non, pas du tout ! Bref, je ne suis pas écrivain, n’ai pas envie de le devenir, mais voilà, j’écris. Pourquoi ? Après ces deux travaux, j’ai un autre projet de fiction dans mon sac. Un polar… Je me fait définitivement peur… Je veux bien prendre le titre provisoire d’optimiste, et l’an prochain, je fait un château de sable sur mars.

PS : Oh, une pierre ! et si je m’improvisais sculpteur ?

Une occupation nocturne

Allongé sur son lit, Thomas n’arrive pas à dormir. Il est trois heures du matin. Insomnie. Il cherche sous sa couette une position confortable. Rien à faire. L’énervement naissant, il se résout à sortir du lit et à chercher une activité, mais si le jour tout un chacun manque de temps, la nuit l’inspiration manque. Une branlette serait une bonne solution, peut-être. Thomas allume alors ses visioglass et cherche un porno, mais aucun ne lui donne envie. Tumblr devenu trop vieux est abandonné, ne distribuant plus que des vidéos trash. Les sites internet sont tous devenus payant et l’achat des cadeaux de fin d’année avait eu raison de son compte en banque – il faudrait d’ailleurs aller sucer du banquier pour arranger ça…

Passant en revue tout les moyens d’accès à la pornographie, il ne reste plus à Thomas que la littérature, mais cela fait bien longtemps qu’il a revendu tous ses livres et magasines… Puis une idée lui vient en tête. Il se souvient d’un plan cul adorable avec qui il avait eu un échange texto des plus excitant…
De nouveau dans son lit, avec quelques jouets et du gel à bonne distance, Thomas commence alors à relire un passage. L’avantage des visioglass, c’est quand même de pouvoir lire et tourner les pages, avec un main sur le sexe et l’autre manipulant un gode…

“…
- J’ai imaginé certaines perversités, de celles que l’on peut formuler sur quelqu’un que l’on croise. Les “hmmm” et les “oouuuh” liés aux frissons en bas du dos. Et je me suis dit que ce serait bien si la personne face à moi n’était pas qu’un passant. Et quand elle m’a dit être perturbée par l’ouverture d’un habit, je me suis dit que non, cette personne n’allait pas être qu’un passant, que je lui avais émoustillé la vue. Alors je m’autorise à penser à lui un peu moins que vêtu. À ses mains et aux miennes. Mais je ne pense pas loin. Tu l’as compris, j’ai un passé proche lourd. Je ne veux pas m’emballer. Je t’ai juste déshabillé. Et je me suis fait plaisir à regarder.

- Ah oui mais j’ai bien noté comme tu l’as dit que tu ne cherchais pas de sérieux. C’est même ce qui a constitué le “petit plus” pour être honnête. Rares sont ceux qui peuvent comprendre ma démarche, de voir avec le temps comment se présentent les choses, et ils hurlaient quand je me retirais du jeu parce que je ne ressentais rien de profond au final. Du coup, j’ai pris pour habitude de ne pas me lancer sans coup de foudre, chose qui se fait rare avouons le.
J’aime cette idée de ne pas partir sur du sérieux. Tu as, comme je te l’ai bafouillé timidement, une bouille que je trouve jolie, je me suis imaginé fouillant plus loin sous ce vêtement à l’ouverture aussi inopinée que plaisante… Je prends plaisir à cette discussion stimulante pour l’afflux sanguin, autant que j’ai pris plaisir à te sâouler de références en ciné, et que je prends plaisir à l’idée de remettre ça. Sans imaginer plus vite que le temps ne passe. Ce qui ne veut pas dire non plus fermer quoique ce soit.
Juste prendre plaisir, sur le moment, à bander pour une discussion qui parle de sexe avec plus de mots que bite et trou.
Et puis apprendre à connaître une personne que l’on a trouvé intéressante sans présager d’autres choses pour l’heure
Mais non sans imaginer un massage, un corps dévoilé, et un labyrinthe de zones sensibles à découvrir. Et kiffer à l’avance à cette idée.

- C’est tout à fait ce qu’il me faut. Je suis tout cassé, et on ne fonde rien sur un sol accidenté. Cela étant dit, reprenons donc nos conversations où elles en étaient  :o)

- Tu t’apprêtais à me citer les perversions (que j’espère nombreuses) que tu imaginais me faire subir.

- J’imaginais donc principalement tes bras, et la chaleur qui va avec, et tes mains également, dans l’idée du massage avant même de savoir que tu aimais en faire. Ces mains que je n’ai pas touchées, mais dont j’ai languis le contact. Ce matin j’ai fait quelques rêves éveillés, mais ne te connaissant pas assez, ils ne furent pas très nets. Dedans je me promenais le long d’un corps bronzé. Et mes mains baladeuses ne rataient aucun centimètre d’un corps que je ne connaissais pas. Pas encore.
J’ai imaginé l’homme viril et dominateur, et le sang à beaucoup circulé.
Et toi, qu’as tu imaginé ?

- Beaucoup de sensualité émane de toi. On ne peut pas l’ignorer.
J’aime découvrir un corps avec les mains encore plus qu’avec les yeux. Ce que je connais de toi physiquement ne se limite finalement qu’à ce que j’ai vu sur tes photos de profil, en gros, au plus osé ton torse, et il en est de même pour ce que tu connais de moi… Mais j’aime à imaginer la douceur de la peau, les quelques poils un peu plus rêches sur le torse, la souplesse des tétons, souplesse qui disparaît au fur et à mesure de la montée de l’excitation, le relief et la légère fermeté de ce ventre dont tu aimes la sculpture par la piscine, de tes jambes qui seraient découvertes la piscine justement, découvertes par ton maillot de bain dont j’imagine le galbe. Enfin je dirais même plus LES galbes, puisqu’il ya un devant ET un derrière…
Et même si je peux être viril et dominateur, je n’en suis pas moins “plus facilement” passif dans les premiers temps. Ce qui fait que ta bio stipulant que tu étais plus actif en ce moment m’allait très bien

- Merci pour la sensualité, je ne nierais pas que le trouble que j’espère provoquer avec les messages, le choix de mes mots, de mes images, n’est pas innocents.
J’ai en effet peu de visuel du reste de ton corps, mais j’ai pourtant quelques photos sur une plage ou au bord d’une piscine. Autant de terrains où le soleil caresse ta peau comme j’aimerais le faire. Il y a certaines dissimulées derrière un mot de passe, mais je n’en veux pas. Je préfère à l’avenir découvrir par moi même les méandres du désir qui agite mon corps. Tu n’es que plus désirable à être si peu dévoilé quoiqu’un maillot de bain ne cache que très peu. J’ai pour moi ton torse et dans mes mains tes tétons. Je vois des fesses voluptueuse et un dos comme j’aime, de ceux où l’on dessine avec ongles et lèvres.
Je ne vais pas plus bas, je réserve à l’avenir. Quoique tes jambes me provoquent un soupir. J’ai mes mains baladeuses qui dirigent tes mouvement, j’en ai deux, tu en perçois cent. J’aimerais l’odeur de ton corps pour compléter mes pensées.
Et ma bouche peut-être, pour alors te gouter

- C’est a la fois beau, flatteur, d’une galanterie délicieusement surranée, et diablement sensuel. Tes mains sont les bienvenues, sur le textile, sous le textile, dans le sillage des courbes naturelles, convexes autant que concave, leur prise ferme et excitante, donnant envie de s’y abandonner, de combler comme de remplir ces deux mains qui se veulent cent.
Si en plus ta langue s’en mêle, je ne donne pas cher de ma chevalerie… J’aime a imaginer la souplesse de tes lèvres, leur goût aussi, ta langue que j’effleurerais d’abord doucement, puis plus audacieusement, de la mienne. De ton goût. De ton souffle, tandis que tu te laisse aller a ton trouble et dans mes bras. De ton cœur que je sens accélérer contre le mien. De mes mains qui ne sont pas en reste et n’ont pas ta discrétion, et vont plus bas sans hésiter, agripper, serrer, caresser, sentir et faire ressentir tes reliefs. Pendant que d’autres reliefs réagissent a leur manière. Que je sentirais aussi, contre ma cuisse.
J’ai le souffle brouillé je l’avoue.

- J’imagine la force et la vigueur de ce corps qui n’est que trop loin du miens. Et mes mains comme tu le pense n’ont aucune retenue. Des frissons me parcourent le corps en lisant tes mots, et le long de tes cuisses mes plaisirs se révèlent. Je caresse le tiens de la même puissance et mes lèvres sur les tiennes ne calment aucune ardeur. De tes courbes je ne fait qu’un bouchée, car ma langue affamé y trouve son plaisir et espère partager avec toi cette pensée. Peu à peu je m’approche et découvre les réactions et sensibilités de ton corps. Si les spasmes me chavirent ils te sont consacrés. J’ai le corps en furie et le sang bouillonnant, tout à toi consacré à te faire plaisir.

- Les textiles sont tombés, plus aucune frontière. Nus debout ou encore allongés, je m’affaire à te faire perde toute notion de pesanteur. Ton corps contre le miens est un plaisir assumé. Il me semble que tes yeux me disent de continuer
Mes courbes sont a ta disposition, et tu te rendras vite compte que je sais faire entendre quand j’aime ce que l’on me fait. J’ai le gémissement facile. Dans le creux de l’oreille, dans la courbure du cou. Mon corps se prend alors d’une vie propre et va au devant des caresses qu’il aime, espère, attend. Se cambre, se serre, se colle, s’ouvre et accueille, reçoit, retiens, emprisonne. Ne relaxe que pour mieux happer, plus fort, plus loin.

- Mes mains, éclaireuses plus que volontaires explorent ta nudité, la sondent, la parcourent dans ses moindres recoins. Parfois simplement pour te tirer encore plus étroitement a moi. Varient leurs mouvements, leur trajet et leurs caresses en fonction de tes soupirs, de ton plaisir et de sa manifestation.

- Je m’aventure à faire vivre les mots que tu écris. Il sont pour moi l’excitation superbe et le plaisir franc que je voudrais te procurer. Mon corps entier fiers et tendu est à ton entière disposition. Il caresse et réchauffe ce que tu m’offre à mi-mot. Tes cris sont mon plaisir, je te rend la pareil. Tu n’as le temps de dire que ma bouche prend la tienne. J’ondule sur ton toi, te cherche ton plaisir. Et mes mains toujours attisent ton désir.
Je ne cherche qu’a te sentir vibrer en moi autant que je te sens vibrer sur moi. Je ne cherche qu’à sentir ton intimité après l’avoir goutée, qu’a sentir dans mon cou ton souffle, au rythme que je provoque par mes ondulations. De sentir tes mains me parcourir, tant pour me caresser que pour me tenir, retenir, me presser et m’attirer. Me modeler pour ton plaisir, pour moduler sa montée.

- Il fait chaud nous suons. Nos odeurs métissées nous emportent plus loin, un opium qui nous perd dans l’extase. Je palpe et mordille tout ce que j’aperçois, hormis une chose pour laquelle je ne suis que douceur et salive afin de te perdre. Je m’affaire à te perdre dans le plus grand bonheur. J’ai mon corps tendu, mes mouvements puissants. J’ai ton goût ta saveur, tes gestes et ta douceur. Et je cris mon plaisir quand tu éclate le tiens. Nous n’avons pas fini tout ne fait que commencer
Je bande clairement a cette idée.
Je repousse la fin, te conserve te retient, je chavire ton corps à l’aide du miens. Tes mains ne savent plus à quel saint se vouer et ton corps érigé ne contrôle plus rien. La chaleur de mon corps prend possession de toi, mes râles de plaisirs sont les échos du tiens.
Sur ce lit maltraité, nos corps entremêlés s’agitent en harmonie. Et mon corps perd tout contrôle en regardant la personne qui lui fait face. Je transpire mais ne faillit pas. J’attrape ton corps et t’observe arriver au plaisir et j’aimerais te donner.

- Le rythme de ton cœur, le rythme de ton souffle, le rythme de tes reins, le rythme des battements plus intimes, ceux que commande ton sang, tout cela me renseigne sur l’imminence de ton explosion, celle qui te fondra littéralement en moi, quand jailliront ta voix et ton essence.

- Les cambrures de ton corps se font plus intenses, nous sommes en symbiose charnelle
L’excitation ne peut plus s’abaisser. Nous somme l’un à l’autre offrande et divinité

- Changer et rechanger de positions, te sentir sous tous les angles, t’apprehender dans toute ta dureté, ta raideur, ta longueur, explorer tout ce que mes mains peuvent attendre, sentir en toi par l’intérieur les effets de ton plaisir, j’en tremble

- Les cris se mélangent comme les plaisirs suprêmes. Mon corps transmet sa chaleur. Les soubresauts de ton corps sont l’incroyable récompense : voir ton plaisir surgir de tout ton corps. Je tremble de te voir perturbé. J’accueille ta jouissante et la fait perdurer. Me délecte de toi et de tes gémissement.

- Nos corps s’abandonnent l’un à l’autre, enlacés excité.
Je reprends mon souffle sur toi, la jouissance se diffusant encore par vagues langoureuses dans tout mon corps après l’explosion proprement dite. Enfin quand je dis proprement… Je reprends mon souffle et mes esprits en m’abandonnant contre toi, ton sexe encore en moi, repu mais toujours éxcité.
Les mouvements se prolongent. Nous allons recommencer. Mon corps si tu le souhaite sera de nouveau ton esclave.

- Tu as largement participé a le dresser par tes mots et tes images. Il est tout a toi.
Je file dormir en espérant que dans mes rêves nous remettons ça et bien plus encore. Autres positions, autres pénétrations, autres explosions. Si comme je l’espère tu es aussi raide que moi je t’embrasse sur l’objet du délit, et m’amuse dessus avec ma langue, je vais devoir couper la.

- J’aimerais être là pour te satisfaire. Je m’empresse d’aller rêver. Retrouvons nous de suite. Ton corps me fait rêver !

- Rêvons donc a défaut de concret pour l’heure. Je t’embrasse tendrement passe une bonne nuit,

- Bonne nuit à toi également. Je t’embrasse fougueusement
…”

Entre temps, Thomas à répandu sur son torse un nectar chaud, mais il a aussi trouvé le sommeil.
Bite à l’air, anus dilaté par les jouets, il dort (presque) comme un bébé…

N.B. : ce texte fait parti d’un projet calendrier de l’avant écrit, fonctionnant comme un cadavre exquis : Les pérégrinations sexuelles du père Noël (NSFW)

Bulle

La pluie est douce, reposante et calme à mes yeux, à mes oreilles, à mon âme. Peu importe son intensité. En cet instant elle est discrète et emprunte de légèreté. Sa musique au contact de la forêt, de mon corps, est une symphonie feutrée, une ambiance unifiée que seule la complainte d’un oiseau lointain vient perturber.

Allongé dans la mousse moite et les feuilles mortes, un peu mal à l’aise dans cette écorce qui me colle à la peau, je vagabonde à travers mes pensées. Les mélodies cristallines me guident vers un ailleurs indéfini, ondulant. Mais ce n’est pas la pluie qui occupe mon esprit.

Il est là, face à moi, derrière un rideau aqueux. Je devine le tracé de ses yeux, la force de ses bras, sa barde bien taillée, son crâne dégarni. Le mouvement lancinant de la surface qui nous sépare ne me permet pas de percevoir s’il est réellement présent ou s’il ne s’agit que d’une image, d’une illusion. L’eau lui donne inexorablement vie. J’ai un sentiment d’apaisement. Il est pourtant mort le vingt et un juin.

Ivresse fine. Mélancolie vaporeuse.

Je peux partir demain puisque tout est prêt, mais le temps n’est pas venu, il faut encore qu’il s’écoule. Je plonge dans ce coma léger qui fait tomber les gouttes plus vite, les fait devenir plus lourdes. Les changements sont grands, imperceptiblement bouleversants. L’esprit ne sait plus s’il doit savoir. Il y a une quête, une soif, et un désert d’absence pour unique aventure.

Une brise légère, un vent frais, une bourrasque. L’air me livre des messages que je ne comprends pas. Quelque part quelqu’un. Un songe. L’esprit vagabond, accroché au seul désir de ne pas avoir d’attache. Je pense que je rêve, les images sont sourdes.

À quelques centimètres de moi, dissimulé dans la mousse et les mondes enfouis de la forêt morte, je contemple les chasses d’insectes sombres. Humidité et suintement sont les torrents qui perturbent la chorégraphie de mes voisins invertébrés. Voyez mes tendres comme il est dur de mourir noyé, noyé dans un amour qui ne verra plus le jour. Perdu dans les labyrinthes de la raison et des sentiments, je cherche à faire un deuil, à accepter la disparition. J’enracine les souvenirs au creux d’une terre fertile, les laissent se répandre et ramifier les branches d’une histoire tronquée.

Bientôt il faudra se lever, se relever, partir. Déjà les tentatives ont échouées. J’ai les jambes brisées. Bientôt il faudra, mais pas aujourd’hui. Laissez moi encore le temps d’accepter. Laissez la nuit m’envelopper. J’ai besoin d’un automne. Que la pluie lave, que mes craintes se dissolvent, que la mousse recouvre les ruines de nos joies. Que la forêt soit douce, vivante et bien portante. Que les gouttes d’eau fortifient les plantes et les plaies.

Un crépitement. Le mouvement d’un chêne. Le vol de l’oiseau. Un frisson me parcourt le corps le temps d’apercevoir la chute de l’arbre, sa mort par la déchirure entre la partie qui veut rester et la partie qui ne veut pas. Comme deux envies contradictoires et, ensemble, destructrices. L’instant est proche où le feuillage d’un vert vigoureux va m’écraser dans cette mousse confortable.

Mouvement rapide, désir de survie. Je suis debout, levé, je peux avancer. Je ne « pleut » plus.