Au détour d’un carnet

J’ai retrouvé ce court texte ce matin, au détour d’un carnet. Il a été écrit il y a quelques temps déjà. J’ai compris en le lisant pourquoi je ne l’avais pas publié, la narration y est confuse voire faible. Mais j’ai compris également qu’il possède une certaine richesse, trop personnelle sans doute pour qu’elle vous parle. Ce texte contient la mémoire précise d’un moment, d’un instant, où j’ai décroché. Ce furent quelques jours discrets de septembre, ou d’octobre. En échos à ceux de juin. La fin. Ce sont des mots qui ne s’expliquent pas, qui se vivent.

« Et cette fille, là. Elle chante ce que je ne veux pas. Et cette faim. J’ai faim. De toi. J’ai envie de toi. Un sac trop coloré se balance. Dans le métro qui se balance. Dans mes yeux se balancent. Et ma tête, là, voyage. Nausée. Ce reflet de ma tête vers moi. Chaussures vernies. Noires. Terminus, tout le monde titube. T’es qui toi ? T’as vu tes mains. Tu te croie belle mais t’es rien. Et moi. Rien. Je suis ivre de rien. Du manque de toi. Panne. Le vernis est noir aussi. Il montre sur son téléphone. Quoi ? Montre-moi, toi, je veux savoir. Tu me craches ta vie. Il s’est disputé avec l’autre. Elle secoue la tête. Trois jumeaux, des triplés, jouent comme un seul. Je n’ai pas acheté de produit vaisselle, il faudra que j’y aille demain. Nausée. Je n’aime pas ce pantalon rouge. Le métro est stoppé. Panne. Passe. Part. Ne repassons pas par la case départ. Et cette fille. Viens ! Viens là toi, pourquoi tu chantes ? Mon crâne est chauve. Chante moi des cheveux. Ne redémarrons pas l’histoire. Chante moi des cheveux ! Conne. J’ai du sable dans les. Donne le moi. J’ai la fin d’un roman. Écris moi le tome suivant. Ivre de ton absence. Qui manque ? Ne me mens plus. Collant filé. Je pêche. Mes mots dans un. Vide. Quand tu n’es pas là.

Et cette fille. Las. Elle chante ce que je ne veux pas. Donne moi de toi. Sauve toi. Mange moi. Meurs »

Hier, il m’a été émis l’idée que tout n’était pas terminé. « Je pense que tu n’en a pas fini« . Si, malgré des évènements récents dont je vous parlerais bientôt, tout est fini. Bien fini. Le deuil fut violent, total, et définitif. Aujourd’hui il ne me reste que le souvenir de la tristesse. Et la peur irraisonnée d’y sombrer encore. Mais le cas ne se représenteras pas, comme je l’ai écris par le passé, je n’ai plus de vide sous les pieds.

Sans idéogrammes ni lettres

J’ai envie d’écrire, ça me démange. Pourtant, je ne fais rien. J’ai envie de me nuire, des nuits entières, passant mes sommeils dans les encres. J’ai envie de jouir aussi, mais j’ai trop de textes en actes manqués, en amants délaissés. J’ai envie de vous dire, de tout vous dire, et de rire, et de pleurer. J’ai envie d’être en avance sur l’heure de vos envies, de vous couper l’envie. J’ai envie de vous nuire, comme je me nuis, en vous faisant perdre votre temps. J’ai envie de vous séduire, aussi, afin que vous en perdiez le sens. Mes mots ne disent rien, ne vous diront rien. Je ne suis pas là pour les éduquer ou les dresser. Esclave en quelque sorte. Je fais le barrage des écritures, laissant échapper des salves afin de ne pas vous laisser mourir. J’ai envie d’être moi, mais nous n’en voulons pas et vous ne comprenez pas. Pourquoi le pourriez-vous ? Comment le pourriez-vous ?
J’ai envie d’écrire anglais, japonais et allemand. De mélanger les langues. J’ai envie d’écrire des sons, sans idéogrammes ni lettres, sans mots intelligibles. J’ai envie d’un cri animal qui percerait vos émotions. J’ai envie de vous faire peur et de vous inquiéter. De vous rendre inquiet. De supprimer toute confiance en vous. J’ai envie que vous sachiez, j’ai besoin que vous sachiez, mais je ne peux plus, je ne peux pas, je n’ai pas les mots…

Ils ont peur que vous sachiez, que vous les regardiez. Ils ont peur du jugement, de vous juger, d’être évalués. Ils repoussent la solitude des jours, et les nuits, ils dorment, mal. Ils aimeraient voir, et ne plus voir. Ils aimeraient quitter et rejoindre, bercer, étreindre.

Alors il se cache mais nous savons, vous non. Vous ne savez rien car il ne dit rien et n’écrit rien. Ou si peu. Un mot, un jour, qui donne l’idée. Pas assez. Il est seul ou presque, possédé. Découpé entre des textes et des vérités, il cherche à se montrer sans se révéler. Il ne sait pas ce qu’il fait. Il compartimente ses émotions. Il cloisonne. Enferme.

Nous ne vous rencontrerons jamais. Notre secret est unique vérité, et vos yeux ignorants resterons clos.