Je voulais écrire. Ça faisait longtemps. Plusieurs mois sont passés sans que je ne caresse de nouveau un clavier, tactile ou non, plus qu’une plume sèche depuis longtemps. Écrire pour parler. Faire des phrases, donner un sens, faire sens. Je voulais écrire mais je ne savais pas par où commencer. J’ai trop de sujets à rattraper. Trop de sujet bien trop lointains pour être rattrapés. Alors je n’ai rien fait.
Assis devant la télévision, une première depuis des mois, voire des années, je me suis ennuyé. Des yeux sur un écran que je ne regarde plus, que je ne comprend pas. Je ne suis plus un spectateur du hasard et des surprises. J’ai comme une lassitude, devenue habitude, que l’on contre avec la séduction. J’ai besoin d’excitation. Regarder la télévision est devenu pour moi signe de perte de temps. Je regarde des films, des séries et des documentaires quand je le souhaite, par d’autres moyens légaux ou non. Prendre rendez-vous avec un écran me semble atrocement contraignant, mais aussi avilissant et dictatorial. En contre-partie je me retrouve à sonder à la recherche d’un trésor utopique. Passer les chaines, découvrir des images, manger des images, des couleurs. Bientôt les formes laissent place aux informes. Je ne sais pas ce que je regarde, je ne regarde même pas. J’occupe l’œil avec un mouvement, l’oreille avec une vibration. Je m’abreuve d’ondes, mais mon esprit…
Zap au noir. Changement de catalyseur. Mon ordinateur est bien vieux et le clavier sans fil à du mal à se connecter. Attente. Je me ressert un verre d’eau. Soirée plate. L’ennuie me donne soif. Pendant que l’objet s’anime, je dégluti lentement, tête en arrière, comme pour sentir tous les mouvements de ma gorge, et le liquide qui descend, froid, au fond de mon corps chaud. J’essaye de localiser mon anatomie interne, et je reste à regarder le plafond. Souvent je m’évade dans le blanc et les fissures de leurs surfaces plane, comme une porte des rêves. Un écran low-tech dans lequel j’inscris mon imagination. Mais ce soir il n’y a qu’une masse lourde et les pas d’un voisin. Et une musique de radio. Toujours cette musique.
Comme un réflexe, j’ai ouvert internet. Et je me suis googlelisé, parce qu’une foi la page d’accueil ouverte, je ne savais pas ou aller, ni quoi chercher. Parce que je m’ennuyais. J’ai regardé la liste des liens mais il n’y avait pas de surprise, rien d’autre que les réseaux et sites où j’existe, dans un ordre insatisfaisant. Et dans les images…
Un portrait aux yeux bleus, un homme. Un inconnu consanguin m’est apparu sans raison, vieilli, gonflé, au milieu des illustrations de mon blog professionnel. Je me suis retrouvé décontenancé, presque inerte. Cet homme n’est plus celui que je connaissais. Le temps et la négligence auront malaxé le charme et l’élégance qu’il avait. Il n’est plus, n’a quelque part jamais été, inscrit dans cette partie de moi qu’on appel famille. Je ne l’ai jamais plus apprécié que la jeunesse, l’indifférence et l’amusement le permettait. J’allais chez lui, je jouais avec ses enfants. Il était un adulte, un parmi les parents. Il n’était pas un frère. Nous n’avions rien à partager. Et la vie, et des disputes dont je suis étranger, ont finies par le faire disparaître de moi. Pourtant ce soir je suis tourmenté. Au delà de l’indifférence sociale que nous avions l’un pour l’autre, il y avait une chose que je lui accordais volontiers : la beauté. Je l’ai toujours – l’avais toujours – trouvé séduisant. Si bien qu’une nuit, dans un rêve érotique, mes deux frères s’évertuèrent à faire fructifier mes premiers fantasmes masculin. Deux virilités qui me paraissaient fougueuses. Un brun aux yeux bleu, un blond aux yeux… Ma mémoire les donnent vert. Des hommes à femmes. Des collectionneurs. Charmeurs.
Il a gardé les mêmes yeux souriant. Rien du reste. Il a vieilli, enflé aussi. Ces années qui ne furent pas communes avait figées une image, belle, aux conteurs incertains, référant masculin. Et j’aurais préféré ne jamais voir les ravages de la vie le menant vers la mort. Ses yeux, les mêmes yeux que mon père, les mêmes que les miens. Comme dans un miroir paradoxal, je me regarde avec intensité. Je ne m’aime pas, je suis moche et antipathique. Confusion identitaire.
Dans la fenêtre, sur un verre lisse, par le jeu des reflets de la lumière et de la nuit, je plonge dans mon image. Narcisse. Je me retrouve. Et soudain je ne m’ennuie plus. J’ai envie d’écrire.
Le naufrage du ravage des ans !
Je dois dire que je ne comprends pas tout. Il faudra que tu m’expliques :)
Bisous !